Label : Three One G Records
Genre : Noise/Avant-rock/Expérimental

Bon, on ne va pas se mentir, voilà un objet musical certes facilement identifiable mais quelque peu délicat à faire apprécier comme ça au débotté. Faut aussi dire qu’à part les petites pointes d’humour que propose le titre de l’album ou certains noms de morceaux, la nouvelle offrande faite par le duo italien Zeus ! à la scène rock/noise/expérimentale d’avant-garde (oui, on insiste un peu lourdement, on va développer ensuite…), n’est pas vraiment le genre de truc qu’on peut mettre entre n’importe quel tympan. En tous cas sous peine de se voir opposer au mieux un refus poli, au pire un rejet viscéral. Mais qui peut aussi se comprendre.

Parce qu’avant de s’envoyer ce ‘Motomonotono’, il faut quand même être un peu préparé à ce qu’on va prendre dans les écoutilles. Soit par exemple un « Enemy e core » qui pousse le concept de répétitivité dans ses retranchement, ou un « Colon Hell » qui porte particulièrement bien son nom lorsqu’il pousse le vice jusqu’à faire exploser le format noise-rock/progressif traditionnel pour l’envoyer dans des sphères jazzcore particulièrement ardues. Techniquement diaboliques, les deux italiens enchaînent les moments de bravoure et une fois lancés à très vive allure, semblent inarrêtables (« Forza bruta ram attack » est à ce titre dément d’un point de vue formel) : entre punk noisy hardcore, assauts jazz/progressifs aussi violents qu’incessants et subversion sonore avérée, Zeus ! ne se limite jamais et se permet toutes les outrances. Jouissif mais extrême dans la démarche.

Que ce soit dans le registre groove démoniaque avec « San leather » comme dans les saccades rythmiques aliénantes « Krakatoa », le duo ne laisse jamais de répit à son auditoire. Ou si peu (la bizarrerie bruitiste « Panta Reich »). « All your grind is love » (le nom du morceau relève du génie), « Rococock Fight », « Shifting », les morceaux giclent sur la platine, s’enchaînent impeccablement dans une frénésie brûlante de hargne, une urgence salvatrice qui contamine l’ensemble jusqu’à nous rendre fou (« Phase terminale »). Mais sans jamais céder à la facilité.

Véritable manifeste de rock d’avant-garde jusque-boutiste, ‘Motomonotono’ est une œuvre qui frappe l’auditeur de plein fouet de part sa radicalité abrupte, sa violence qui par instants vrille véritablement les tympans comme sa prise de risques ouvertement couillue. Sorti par le biais de labels italiens assez méconnus (Tannen Records, Sangue Dischi) et de Three One G Records, géré par Justin Pearson (The Locust, Retox…), le nouvel album de Zeus ! provoque un véritable chaos technique en même temps qu’il assène un bon gros coup de pied au cul au conformisme musical actuel. Casse-gueule oui. Mais salvateur.

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